mercredi, janvier 20, 2016

La rue dit non aux élections du 24 janvier


image 19 Janvier 2016 - Port au Prince Photo par Jr Augustin Jeanty

Plusieurs milliers de personnes ont défilé dans les rues de la capitale mardi pour dire non au second tour de la présidentielle prévu le 24 janvier. Les manifestants en colère réclament le départ du Conseil électoral provisoire et du président Martelly dès la fin de son mandant constitutionnel le 7 février prochain. Les protestataires ont érigé des barricades de pneus enflammés sur tout le parcours de la manifestation émaillée de violences.



« Nous n’allons pas voter, nous sommes en rébellion », c’est le cri de guerre des manifestants de l’opposition. Un cri de résistance et de désobéissance qui raisonne à quelques jours du second tour de la présidentielle. À mesure que l’on s’approche de la date du 24 janvier, la colère continue de monter dans les rues. Pour une deuxième fois en deux jours, plusieurs milliers de personnes sont descendues dans les rues de Port-au-Prince pour appeler à l’annulation du second tour de la présidentielle programmé au 24 janvier.
« Notre lutte vient d’atteindre une autre phase, nous sommes entrés dans la semaine de la rébellion, martèle Assad Volcy, militant de Pitit Dessalines. La semaine de la rébellion, dit-il, implique une résistance active de la population haïtienne contre la répression et contre cette volonté manifeste du pouvoir d’installer au palais national un président sans élection.» Assad Volcy appelle la population à occuper les rues jusqu’à dimanche « pour faire face au coup d’État électoral que le pouvoir est en train de préparer ».
Dans le collimateur des manifestants, le président Martelly et le Conseil électoral provisoire dont ils exigent le départ. « Nous n’irons pas voter dimanche, nous n’allons plus obéir à ce gouvernement », lancent des manifestants sur tout le parcours. Cette nouvelle marche, qui a réuni différentes branches de l’opposition, est la deuxième d’une semaine de mobilisation baptisée semaine de la rébellion.
« Le Conseil électoral provisoire n’a plus de crédibilité pour nous demander d’aller voter, a indiqué pour sa part Chiler Louidor, militant du parti Fanmi Lavalas, présent sur le macadam ce mardi. Nous exigeons le départ du président Martelly  le 7 février prochain, poursuit le docteur Louidor qui appelle à une concertation des forces vives de la nation pour proposer une alternative sérieuse après Martelly. D’autres têtes de l’opposition comme l’ex-sénateur Turneb Delpé, l’avocat André Michel étaient également présents sur le macadam.
La manifestation, qui a débuté au boulevard La saline, près des ruines de l’église Saint-Jean Bosco, a sillonné les quartiers du centre-ville, comme La saline, Bel-Air, Solino, avant de mettre le cap sur Lalue via le boulevard Martin Luther King. Les discours sont de plus en plus violents. « Fini les manifestations pacifiques! », lance l’un des animateurs. Monté sur un pick-up qui crée l’animation sur le parcours, l’individu invite la foule à se préparer à toute éventualité. La foule chauffée à blanc s’emballe.
Les échauffourées entre manifestants et les forces de l’ordre débutent au niveau de Martin Luther King. Les protestataires tentent de monter des barricades enflammées. Les agents du Corps d’intervention et de maintien d’ordre (CIMO) qui encadraient la marche s’interposent. La tension  monte. Les manifestants lancent des pierres en direction des policiers qui ripostent à coups de gaz lacrymogène et de balles en caoutchouc. Arrivés à Lalue, les manifestants tentent d’échapper aux forces de l’ordre et renversent tout ce qu’ils rencontrent sur leur passage. Une situation qui a paralysé les activités durant plus d’une heure dans le secteur. Les protestataires, déterminés, sont parvenus à déposer des barricades de pneus enflammés à Lalue, et dans plusieurs rues du centre-ville. La police a dû faire usage de gaz lacrymogène et de balles en caoutchouc à plusieurs reprises pour tenter de ramener le calme.
Bilan, un manifestant visé à bout portant par un policier à la rue des Casernes est sorti grièvement blessé à la cuisse. La police a effectué trois interpellations. Plusieurs véhicules sont sortis endommagés. Interrogés sur les violences enregistrées durant la marche, Assad Volcy accusent des individus qui ont infiltré les manifestants pour discréditer le mouvement par ces actes. Des actes de violence condamnés par le ministère de la Justice dans une note parue dans la soirée de mardi.
« Le Ministère de la Justice et de la Sécurité publique condamne avec fermeté les nombreux actes de vandalisme et de violence perpétrés pendant ces dernières 72 heures, lors des manifestations de rue à la fois dans la capitale et dans le Nord du pays », lit-on dans  la note sortie peu après la fin de la manifestation. « Les forces de l'ordre et les autorités de poursuite ont donc été instruites d’appréhender et de poursuivre tout individu qui s'aviserait de semer le trouble en s'attaquant à la vie et aux biens d'autrui », affirme la note du MJSP.  Louis Joseph Olivier
 Source Le Nouvelliste