mercredi, octobre 14, 2015

L’affaire Roody-Rutshelle | Au Commissaire du Gouvernement de Port-au-Prince

Monsieur le Commissaire Clamé Ocnam Daméus,
Je souhaiterais, si tel n’a pas encore été le cas, attirer votre attention sur un cas de violence domestique qui m’interpelle en tant qu’être humain, en tant que femme et en tant qu’Haïtienne et pour lequel je souhaiterais la mise en mouvement de l’action publique.
Depuis bientôt une semaine une triste affaire défraie la chronique et alimente des débats des plus inciviques sur les réseaux sociaux. Entre accusations de toute pièce, humiliations en règle et spéculations galopantes, l’affaire Roody-Rutshelle, puisqu’il faut bien la nommer, semble laisser peu de gens indifférents. Il y a environ trois heures toutefois, mettant fin aux supputations effrénées des réseaux, le principal intéressé, Monsieur Roody Pétuel Dauphin – nom d’artiste, Roody Roodboy – vient, par lettre, de « présenter [s]es excuses … à Rutshelle Guillaume et à [s]es fans … [parce que] la persistance et la pertinence [!] de [leurs] escalades verbales ont failli [?] se transformer en violence physique ». Il confirme ainsi ce que savaient déjà ceux d’entre nous qui avions vu les photos de Mademoiselle Guillaume, un œil ensanglanté et le visage tuméfié.

En postant cette lettre sur Facebook, Monsieur Dauphin semble penser avoir clos la question et croire que la seule amende à payer, pour l’ensemble des torts causés à son ancienne partenaire depuis le début de cette malheureuse affaire, est une lettre d’excuses qui n’en est pas une et dont il avait déjà fait l’annonce un jour plus tôt au Nouvelliste. Il se fend même à la fin de son message d’un « Viv Fanm, Aba Vyolans » comme une mesure péremptoire devant servir de déflecteur à qui voudrait lui faire remarquer la violence de son acte.
Monsieur le Commissaire,
Il est inacceptable que la société haïtienne doive assister, une fois de plus, impuissante à une telle violence contre une des siennes. Le cas de Ginoue Mondésir assasinée par Valdo Jean vient à l’esprit mais toutes les victimes de la violence de genre en Haïti ne sont pas célèbres. Dans la grande majorité des cas, elles se taisent pour des raisons multiples liées à leur statut économique, leurs croyances ou leur manque de foi dans le système judiciaire. Le plus triste est qu’elles ont généralement raison. Le Rapport sur la réponse de la police et du système judiciaire aux plaintes pour viol dans la région métropolitaine de Port-au-Prince de la MINUSTAH (2012) souligne la nonchalance avec laquelle nos institutions étatiques traitent les violences contre les femmes : renvoi aléatoire aux tribunaux de paix, à la brigade des mœurs ou au Parquet ; importance moindre accordée aux viols qu’aux autres crimes ; enquêtes non systématiques ; tenue de registres généralement faibles … L’affaire Roody-Rutschelle pourrait être ce catalyseur qui permettra enfin aux femmes haïtiennes d’oser porter plainte contre leurs partenaires domestiques et d’oser croire en la justice. Elle pourrait être ce catalyseur qui permettra aux Haïtiens en général de comprendre que la violence contre les femmes, comme toute autre violence, est inacceptable et illégale.
Au milieu des spéculations quant au déroulement de ce que Roody Roodboy – qui semble se poser en émule du chanteur américain Chris Brown – appelle un « incident », Rutshelle Guillaume a pris l’avion pour New-York sans piper mot. Comme beaucoup de femmes victimes avant elle, Mademoiselle Guillaume, semble n’avoir pu trouver d’autres parades que la fuite … devant les quolibets de la foule qui semble décidée à l’ensevelir sous la honte. Monsieur le Commissaire, aucune victime ne devrait avoir honte des violences qui lui sont faites. Rutschelle Guillaume – et toutes les autres haïtiennes dans le même cas – doivent pouvoir compter sur la justice de leur pays. Les aiderez-vous ?
Patricia Camilien
Femme haïtienne Palecho.com Nouvelle Source http://laloidemabouche.ht
Download | Roody Rood Boy " Pran Swen Li " avec la Voix de Trouble Boy ( 2015