samedi, mai 03, 2014

Une Québécoise fait rire Martelly

MONTRÉAL – Rares sont les humoristes d’ici qui peuvent se vanter d’avoir pu offrir un spectacle à un chef d’État étranger. C’est pourtant le récit hors de l’ordinaire de l’humoriste québécoise Dorothy Rhau, qui a déridé le président haïtien, Michel Martelly, au cours des derniers jours.
L’humoriste, qui est née et qui vit toujours dans le quartier montréalais de Saint-Michel, était en Haïti pour participer à un spectacle, lorsqu’elle a reçu un appel inattendu.
Le président haïtien était au bout du fil, se remémore Dorothy Rhau, qui n’en croyait pas ses oreilles. Le chef d’État lui a alors demandé, en toute simplicité, de venir partager son humour avec lui et ses convives.
Le 16 avril, elle s’est ainsi retrouvée au renommé Karibe Hôtel de Port-aux-Princes devant le chef de l’État haïtien, un parterre de dignitaires et de nombreux invités de prestige, dont l’écrivain québécois et membre de l’Académie française, Dany Laferrière.
Malgré une bonne dose de stress, celle qui fait dans l’humour depuis quatre ans affirme avoir mené de main de maître le spectacle qu’elle anime et où d’autres humoristes haïtiennes viennent tour à tour se greffer.
Humour universel
Dorothy Rhau craignait au départ que son humour et son accent québécois soit mal compris par son public haïtien. Elle a cependant réalisé que les thèmes qu’elle aborde sont universels.
«Je mise sur les relations hommes/femmes, mais aussi des sujets plus tabous comme les préjugés, la beauté ou le métissage. J’avais quand même adapté l’écriture en consultant un de mes cousins haïtiens, afin de m’assurer que tout fonctionne!», confie l’humoriste, tout en rigolant.
Le président haïtien semble être tombé sous le charme de l’humoriste québécoise, alors qu’une photo le montre, avec sa femme, rire à gorge déployée.
«Un des proches conseillers du président m’a dit que mes blagues avaient fait mouche. Il a même ajouté que ça ne paraissait pas tant que ça que je ne sois pas née en Haïti, alors que j’avais bien compris les codes culturels!», confie avec fierté Dorothy Rhau.
Elle compte, dès que possible, retourner dans le pays pour présenter un spectacle solo et être en mesure de parler davantage de son double héritage.
«Je fais beaucoup de personnages sur scène et je veux les faire découvrir là-bas aussi! Je veux aussi pouvoir prendre le temps d’expliquer le Québec et parler de ce qui se passe ici. Là, j’ai de bonnes bases et un public qui est prêt à me suivre», dit-elle, enthousiaste.
L’humoriste a cependant pu constater que le pays de ses ancêtres a bon nombre de défis à relever. Elle estime que le contexte actuel est néanmoins propice à la reconstruction.
«D’un point de vue politique, c’est parfois plus difficile, mais au moins, le président est encore là. À un moment donné, il faut qu’il y en ait un qui finisse son foutu mandat! Quant au point de vue culturel, je suis content de voir que le pays brille de plus en plus. La culture est réellement florissante!», se réjouit-elle.
Un parcours atypique
Dorothy Rhau peine à croire tout le chemin parcouru au cours des dernières années. Il y a encore quatre ans, elle travaillait à temps plein en ressources humaines dans une entreprise pharmaceutique, se remémore-t-elle.
Après son récent périple haïtien, l’humoriste de 40 ans se prépare maintenant pour une présence au Festival juste pour rire à Montréal, mais aussi pour une série de spectacles dans des pays d’Afrique francophone.
«Je vise le monde! Je suis une humoriste canadienne d’origine haïtienne d’ascendance africaine!», lance-t-elle, un sourire dans la voix. «Je suis une mère monoparentale, qui travaille très fort. Je fais beaucoup de sacrifices pour que ça fonctionne!», ajoute-t-elle.
Son amour pour le monde n’est pas étranger au fait qu’elle ait été choisie comme marraine du 30e édition du Festival Vues d’Afrique. Elle prend part jusqu’au 4 mai à bon nombre d’activités de l’événement, qui met à l’honneur le cinéma des pays africains, mais aussi des Caraïbes.

Étienne Fortin-Gauthier
Source: La Presse canadienne
PHOTO: OLIVIER JEAN, LA PRESSE