mardi, mai 06, 2014

Une dizaine d’Haïtiens victimes d’arnaque

Quelque dix jeunes Haïtiens, qui ont versé de fortes sommes à un réseau d’escrocs, à Croix-des-Bouquets en vue de quitter clandestinement le pays, ont été dépistés très tôt samedi dernier par les autorités belges et turques sur le circuit République dominicaine-Bruxelles et Istanbul, en route pour Paris en quête de lendemain meilleur. Cinq sont retenus en Turquie et les autres sont pour l’instant en cavale. 



Ces jeunes Haïtiens coincés sur le territoire turc dans l’attente d’une intervention de l’Etat haïtien pour pouvoir retourner en Haïti ont rapporté au Nouvelliste avoir été contactés par le nommé Rénald Bélizaire, un escroc évoluant à Croix-des-Bouquets (Haïti) se faisant passer pour un représentant d’une institution internationale turque en leur promettant un voyage en Europe pour des lendemains  meilleurs.

Rose, l’une des victimes, a perdu près de 3 950 dollars américains. Ne disposant que des visas turc et dominicain, elle dit que les escrocs lui avaient confirmé qu'une fois arrivée en Turquie, elle se rendrait facilement en France. Exhibant son carnet bancaire, Rose confie avoir versé dans un premier temps 2 000 dollars américains aux arnaqueurs, sans oublier les frais du billet qu'ils lui ont fait payer 1 500 dollars, le prix du visa dominicain, 400 dollars et le coût du visa turc qui est de 50 dollars. L’ampleur de l’arnaque est difficile à mesurer, selon le constat du Nouvelliste qui a pu avoir les témoignages des victimes.

« Je veux retourner en Haïti, mais je souhaite que des mesures soient prises  contre toutes les personnes qui sont impliquées dans ce réseau mafieux », déclare Rose, visiblement désorientée, qui dit regretter de n’avoir pas écouté les conseils de son mari.

Jeff, un jeune bachelier dans la vingtaine,  confie avoir été contacté par un ami, lui proposant de quitter Haïti pour aller en Europe afin d’améliorer sa vie pour aider sa famille et aussi  concrétiser ses rêves. « Mon ami m’avait mis en contact avec un membre du réseau. On m’a dit que je devais avoir au moins 3 000 dollars américains pour  que tout soit arrangé. Je n’avais pas d'argent et je lui ai dit que je ne pouvais pas puisque je ne travaille pas. Il m'a rappelé plusieurs fois  pour me rassurer que c’est une occasion en or que je ne devrais pas rater parce que tout le monde n’a pas cette chance. Si tu me donnes 2 000 dollars américains, tu ne vas pas payer les billets d'avion. Il me dit aussi de faire des prêts que je pourrais rembourser une fois installé en Europe », témoigne ce jeune, qui dit avoir été manipulé par ces aigrefins de grand chemin.

Carlo, étudiant en gestion dans une université à Port-au-Prince, estime que c'est en arrivant en Turquie qu'il a réalisé qu'il était victime d'une arnaque. « Je me suis retrouvé dans un engrenage qui ne me permettait plus de reculer car j'ai perdu une somme très importante et j'ai mis ma famille en difficulté sur le plan financier. Je suis vraiment désespéré et je souhaiterais savoir quelles solutions s'offrent à moi : plainte auprès de la police, etc ... Je regrette sincèrement d'être tombé dans le piège. J'ai fait d’énormes sacrifices pour obtenir ce résultat », indique Carlo, qui réclame l'arrestation du nommé Rénald Belizaire qui l'a foutu dans le pétrin.

Informé du dossier, Le Nouvelliste a contacté depuis la Turquie les autorités haïtiennes autour de cette affaire. Selon un cadre du ministère des Affaires étrangères, le suivi a été fait auprès des autorités haïtiennes. Parallèlement, grâce à l'appui de plusieurs entrepreneurs turcs et de l’ex-ministre des Haïtiens vivant à l’étranger, Edwin Paraison, qui ont multiplié des démarches auprès des autorités espagnoles en Haïti et des représentants d’Haïti en République dominicaines, ces ressortissants haïtiens pourront retourner ce mardi au pays.

Des témoignages similaires à ceux de ces Haïtiens victimes d’escroquerie sont malheureusement légion et les recours demeurent peu efficaces. « La difficulté est que, lorsque la répression des fraudes met la main sur quelqu’un qui s’adonne à ce type d’arnaque, un autre prend le relais, explique, un représentant de l’organisme international turc dont les arnaqueurs utilisaient le nom pour faire croire aux compatriotes haïtiens que leur vie serait meilleure en transitant en Turquie pour se rendre en France ou en Belgique. Il faut absolument être vigilant et se dire qu’il est impossible de passer chez nous en Turquie,  car la vie est très compliquée ici pour les étrangers qui cherchent refuge chez nous ! » 
 




Amos Cincir mcincir@lenouvelliste.com Istanbul, Turquie