mardi, mai 13, 2014

Martelly: un héritage lourd de dettes

De passage à la ville des Cayes, qui avait mis le feu dans des édifices publics pour le réclamer à la tête du pays, le président Michel Martelly a donné une idée du bilan de ses trois années au pouvoir. Les caisses de l’État sont vides, a-t-il avoué, avant d’admettre que les conditions de vie de la population n’ont pas vraiment changé depuis son accession à la magistrature suprême. «Les richesses d’Haïti ne proviennent jamais de l’étranger; notre richesse, c’est la terre; il faut changer d’attitude, il faut cultiver la terre», a-t-il poursuivi sans dire un mot sur les mesures envisagées par son régime pour promouvoir la production agricole nationale.


Or, selon le gouverneur de la Banque de la République d’Haïti (BRH), Charles Castel, 0 % du total du crédit bancaire n’est accordé au secteur agricole. Les banques commerciales justifient cette absence de financement par les risques du secteur (sécheresse, inondations, maladie des plantes) et l’inexistence d’appui gouvernemental aux agriculteurs. Comment peut-on demander aux paysans de revenir à la culture de la terre dans ces conditions ?
Dans les deux ans qu’il reste au président Martelly, son plus grand chantier sera probablement la réalisation des élections. Au meilleur des cas, on peut espérer la finalisation des projets déjà entamés : les fameuses tôles rouges. La ministre de l’Économie et des Finances, Marie Carmelle Jean-Marie, a d’ailleurs lancé une sévère mise en garde au Président: « Pas de nouvelles promesses, pas de nouveaux engagements, parce que les financements ne seront pas disponibles.»

La fin du quinquennat s’approche. Et après 3 ans au pouvoir, on n’est sûr d’une chose : le président Michel Martelly laissera au pays un lourd fardeau de dettes en héritage. Sans les moyens de la rembourser. La dette à long terme, cumulée au 31 mars 2014 auprès du Venezuela dans le cadre du programme PetroCaribe, devant être payée sur une période de 25 ans, se chiffrait à 1.38 milliard de dollars américains, selon les données disponibles sur le site Internet du Bureau de monétisation des programmes d’aide au développement (1). Au taux du jour (45.50 gourdes = 1 dollar), cela représente un montant de 62.79 milliards de gourdes, soit 143 % des recettes internes du pays pour l’année fiscale 2013/2014, évaluées à 44 milliards de gourdes. La dette envers le Venezuela représente également 53 % du budget rectificatif 2013/2014 d’un montant de 118.7 milliards de gourdes, déposé par le ministère de l’Économie et des Finances (MEF) le 22 avril 2014 à la Chambre des députés.
Cette dette qui continue de grossir a permis à l’administration Martelly/Lamothe de financer, entre autres projets, «son programme d’assistance sociale Ede Pèp, fer de lance des interventions sociales du gouvernement» pour reprendre les termes d’un éditorial (1) de Radio Métropole en date du 23 février 2014. Mais dès cette année, il faudra commencer à penser au remboursement. Le budget 2013/2014 prévoit déjà une augmentation de 12 % des intérêts sur la dette avec le début des règlements du Programme PetroCaribe, selon des informations fournies par le ministère de l’Économie et des Finances.
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Thomas Lalime
Source : Le Nouvelliste Haïti