mercredi, mai 21, 2014

Amaral Duclona jugé à Paris

« Amaral Duclona, alias Berthone Jolicoeur, 34 ans, chef d'un des gangs de «chimères», activistes armés proches d'Aristide, comparaît jusqu'à vendredi pour l'enlèvement, la séquestration et la mort en 2004 de Claude Bernard Lauture, patron franco-haïtien opposant au régime dont le corps, criblé de balles, avait été découvert à Cité Soleil, le plus grand bidonville de Port-au-Prince, fief des gangs de la capitale », a révélé une dépêche de l’AFP.


«J'ai l'intime conviction que l'enlèvement de mon mari a été télécommandé par Jean-Bertrand Aristide et exécuté par Amaral Duclona», a lâché Marie-Louise Michelle, veuve de la victime à l’agence.
Selon l’agence, « auparavant, Thierry Burkard, l'ex-ambassadeur de France à Port-au Prince (2003-2006), aujourd'hui retraité, avait décrit les horreurs de la fin de l'administration Aristide, soutenu par des gangs armés, qu'il a comparé à celui des Duvalier, père et fils, et de leurs célèbres tontons macoutes (milice paramilitaire) ».

«Les chimères dont les chefs avaient des surnoms pittoresques, Ti-Kouto (petit couteau), Grenn Sonnen (testicules tintinnabulantes), armés par le régime, avaient leurs entrées au palais présidentiel où ils prenaient leurs consignes et recevaient de l'argent», a-t-il expliqué à l’AFP en décrivant leurs actions répressives contre les opposants au pouvoir d'alors, notamment lors des manifestations.

Pour le diplomate, l'enlèvement et l'assassinat de Claude Bernard Lauture pouvaient être destinés à adresser un message à sa famille, celui «de rester dans la bonne ligne».

Engagé contre l'administration Aristide

La victime, Claude Bernard Lauture, personnalité respectée dans l'île, avait choisi peu avant son enlèvement de s'engager auprès des opposants au pouvoir, dans «le groupe des 184» mené par un entrepreneur haïtien, a écrit l'AFP.

Il disait: « Si la classe aisée ne s'engage pas pour changer le contrat social à Haïti, rien ne changera jamais dans ce pays. Et quand il s'est engagé contre les dérives du pouvoir d'Aristide, beaucoup se sont dit, on va le suivre», a témoigné son épouse, qui n'a jamais freiné son engagement.

La tante de son mari, Gladys Lauture, était une proche d'Aristide. «Le pouvoir a proposé à mon mari toutes sortes de positions: ministre des Travaux publics puis la présidence de l'équivalent d'Électricité de France. Contraint, il avait accepté la dernière offre avant de prétexter de ne pouvoir mener de front sa charge et son entreprise», a raconté Marie-Louise Michelle à AFP.

Mais après la séduction est venu le temps des menaces. Coups de feu sur la voiture de l'épouse tirés par des hommes à bord d'une camionnette, intimidations téléphoniques jusqu'à l'enlèvement et la mort du mari.
«En portant plainte, je savais que je passais un pont et le détruisais derrière moi. Qu'il n'y aurait plus de retour à Haïti pour moi tant qu'Aristide sera vivant», lâche Marie-Louise Michelle au procès.

Quelques réactions à Port-au-Prince

Amaral Duclona, a rappelé l’Alter Presse, a été arrêté en septembre 2009 en République dominicaine, 5 ans après la chute du président Jean-Bertrand Aristide, dont il était réputé être un supporter.
Ce procès en France reste « une grande première », selon l’ancien maire de Port-au-Prince, Evans Paul, dirigeant de la konfederasyon inite demokratik (KID), interrogé par Alterpresse.

Et cela risque de « se reproduire, sans tenir compte des conventions », fait-il remarquer, aussi longtemps qu’Haïti ne fonctionnera pas comme un État « responsable, digne de respect » de la part de tous. Paul pointe du doigt les défaillances du système judiciaire haïtien, qui, selon lui, rendent possible l’arrestation de Duclona en République dominicaine, la demande de son extradition et son procès en France.

De son côté, le secrétaire exécutif de la Plateforme des organisations de défense des droits humains (Pohdh) voit mal ce procès de Duclona en France. Pour lui, « un crime commis en Haïti aurait du être traité dans le pays ». « C’est le monde à l’envers », juge-t-il.

Pour sa part, le bâtonnier de l’ordre des avocats de Port-au-Prince, Me Carlos Hercule, retient qu’il est interdit d’extrader « un national », suivant les conventions. Il pense, néanmoins, que le processus d’extradition aurait pu être enclenché si la justice haïtienne avait d’abord établi la culpabilité de Duclona dans le crime commis sur le citoyen français.
 
 

Roberson Alphonse Avec AFP et Alterpresse