vendredi, mai 02, 2014

A l’heure des menaces et pressions américaines

Alors que le président Joseph Michel Martelly menace d’appliquer l’article 12 de l’accord du 14 mars 2014 et que le sénat se trouve dans l’impossibilité de voter les amendements de la loi électorale de 2013, l’administration étasunienne presse les pouvoirs haïtiens d’organiser des élections sous la menace de couper l’aide à Haïti.

Le numéro 2 du bureau, traitant le dossier d’Haïti au département d’Etat étasunien, Joel Danis, a fait le voyage, pour porter le message aux autorités haïtiennes.
Avec le groupe des 6 sénateurs, exigeant l’application de l’article 289 de la Constitution pour former l’appareil électoral, Danis a eu droit à un clash.
L’opposition est encore dans les rues nationales pour exiger la démission de l’équipe au pouvoir et réclamer des élections générales dans le pays.
Elections
Les Etats-Unis mettent la pression
Les Etats-Unis d’Amérique semblent miser gros sur la tenue des élections parlementaires partielles et des collectivités territoriales à la fin de l’année 2014 en Haïti.
La puissance étoilée envoie son numéro 2 du département d’Etat rencontrer surtout les 6 sénateurs exigeant la constitution d’un Cep constitutionnel, avant tout vote d’amendements de la loi électorale de 2013.
De surcroit, l’ambassade étasunienne à Port-au-Prince brandit un passage de la loi de finances de leur pays, conditionnant l’aide à Haïti à l’organisation d’ « élections parlementaires, libres et honnêtes ».
Ileana Ros-Lehtinen, une congresswoman étasunienne, va jusqu’à presser le sénat haïtien de voter la loi électorale sur la base de l’accord controversé de El Rancho.
L’organisation des Etats Américains (Oea), pour sa part, exige la conclusion d’accords entre les protagonistes, aux fins d’établir un calendrier électoral pour aboutir aux élections.
Le sénat recommande un Cep sur la base de l’article 289 de la Constitution
Dans une lettre adressée au président Michel Martelly, le sénat de la république propose officiellement la formation du conseil électoral provisoire (Cep), selon l’esprit de l’article 289 de la Constitution de la république.
Cette correspondance intervient dans un contexte, où plusieurs sénateurs questionnent la légalité de l’actuel gouvernement dirigé par Laurent Salvador Lamothe et où Martelly menace d’appliquer l’article 12 de l’accord controversé d’El Rancho (14 mars 2014) qui accorde à l’institution électorale des pouvoirs discrétionnaires de mise en veilleuse de certains articles de la loi électorale, votée par les 2 chambres en 2013.
Le sénat rappelle au président qu’il ne saurait être, nullement, un espace de blocage des prochaines élections que Martelly a « ratées » ou simplement « ignorées ».
Le sénateur Edwin Zenny, proche du pouvoir, appuie l’application de l’article 289 et appelle à la démission du premier ministre Lamothe qu’il accuse d’être un élément catalyseur de la crise.
Economie
un budget conservateur de 118 milliards de gourdes pour la république
La titulaire sans décharge (de sa gestion de mars 2012 à avril 2013) du ministère de l’économie et des finances, Marie Carmelle Jean-Marie, a fait le dépôt, à la chambre des députés, le 22 avril 2014, d’un projet-loi révisé de finances 2013-2014, à 5 mois de la fin de l’exercice fiscal.
Ce budget « conservateur » s’élève à plus de 118 milliards de gourdes (US $ 1.00 = 46.00 gourdes ; 1 euro = 65.00 gourdes aujourd’hui). Il comporte une part importante de prévisions de traitements pour des postes sans couverture légale (quantité de secrétaireriies d’Etat et de directions générales adjointes).
Rien n’est dit sur les sources de financement de multiples voyages à l’étranger, notamment du président de la république qui a évoqué des « caisses vides de l’Etat ».
D’aucuns parlent plutôt de « caisses vidées de l’Etat », tant l’opacité entoure les dépenses de ladite administration publique qui pratique l’autoritarisme dans son approche de gestion publique.
Questionnée sur l’état des finances de la république, la ministre sans décharge, habituellement calme, est rentrée dans une rageuse posture pour déclarer aux journalistes qu’elle ne leur doit pas de reddition de comptes, mais à la population.
En conférence de presse le lendemain 23 avril 2014, Jean-Marie a tenté d’expliquer les déclarations de Martelly faisant croire que les caisses de l’Etat sont vides.
Au cours de la dernière semaine d’avril 2014, une rencontre s’est tenue entre la commission de finances de la chambre des députés, la ministre Jean-Marie, le secrétaire d’Etat aux finances et le directeur général des impôts.
Protestation
Cap-Haitien réclame la tête de Martelly
Le samedi 26 avril 2014, pour commémorer les massacres survenus les 26 avril 1963 et 1986, des milliers d’opposants au pouvoir en place, réputé pro-Duvalier ou néoduvaliériste, ont manifesté, sous haute escorte policière, dans les rues du Cap-Haïtien, deuxième ville du pays à 248 km au nord de la capitale.
Sous la houlette du « Collectif Nord pour libérer Haïti », les manifestants ont, une nouvelle fois, appelé à la démission de Martelly pour faire place à la mise en place de mécanismes institutionnels pour l’organisation d’élections générales dans le pays.
Des actitivités de souvenir, sur les événements des 26 avril 1963 et 1986, se sont également déroulées à Port-au-Prince.
Le lundi 28 avril 2014, une autre manifestation hostile au gouvernement a été marquée par plusieurs pare-brise de véhicules brisés à Port-au-Prince.
Pendant que le gouvernement invite la justice à mettre l’action publique en mouvement contre les auteurs des casses de pare-brise de véhicules, le regroupement d’opposition dénommé Mouvement patriotique de l’opposition démocratique (Mopod) avance la thèse d’ « infiltration » pour condamner les agissements des fauteurs de troubles non identifiés dans la manifestation du 28 avril 2014.
Alter Presse