jeudi, avril 10, 2014

lettre ouverte de la femme du présumé kidnappeur Woodly Etheard

Après sa libération controversée survenue dans la nuit du 29 mars dernier, pour des raisons dites humanitaires, la femme du kidnappeur présumé Woodly Ethéart, Marie Taissa Mazile Ethéart sort de son silence. Elle a adressé une lettre ouverte au juge d’instruction Me Sonel Jean François, ce  mercredi 9 avril 2014. Nous publions in extenso le contenu de la lettre.

Lettre ouverte au juge Sonel  Jean François
Port-au-Prince, ce 9 avril 2014

Honorable Magistrat,

Le Mercredi 26 mars 2014, vous vous êtes transporté à mon domicile, sis à Morne Brun, Pétion-Ville, pour procéder à mon arrestation en lieu et place de mon époux, Woodly Ethéart, qui suivant ses détracteurs auraient commis des faits répréhensibles. Tout en admettant que si c’était bien le cas, la justice est en droit de prendre toutes les mesures nécessaires et appropriées pour sanctionner  les coupables, mais faudrait-il qu’elle  se donne le temps et la sérénité pour apprécier les faits de manière à exercer des poursuites de façon équitable, apolitique et dans le strict respect des droits fondamentaux de la personne humaine.

Comme tout citoyen, je suis justiciable et sans préjugé, aussi, en suivant religieusement les conseils salutaires de mes avocats, je reste et demeure à la disposition de la Justice de mon pays ; comme je l’avais fait au moment de mon arrestation et ce, sans opposer de résistance, sans outrager personne parce que ma confiance en la Justice est certaine, outrée.

Mère de deux enfants en bas âge, j’ai courageusement accepté de me soumettre à la rigueur de la Loi, pour des faits qui me sont injustement reprochés. Mon court séjour à la prison de Pétion-Ville m’a permis de partager la douleur d’autres femmes, qui, ensevelies vivantes dans ce tombeau, qui sait dans toute la République, mères de famille comme moi qui n’ont peut-être pas vu leurs progénitures depuis belle lurette. Mais hélas passent leur temps à espérer désespérément un miracle : qu’un juge se souvienne d’elles.

Le samedi 29 mars 2014, j’ai été libérée par la Justice de mon pays, en tout cas c’est ce qu’au moins ce que je croyais jusqu’à je découvre qu’il s’agit en réalité d’une farce, d’un jeu auquel un magistrat, du haut de son prétoire, se donne à cœur joie. Ironique mais pas marrant du tout!
Mon cas est peut-être perdu d’avance, si l’on en croit certains organismes dits de droits humains qui oublient souvent que quiconque, quelle que soit sa situation, reste et demeure un sujet de droit bénéficiant de la présomption d’innocence.

Etant disponible et disposée à répondre à toute invitation  de la Justice haïtienne, je continuerai à vaquer  à mes occupations, tant professionnelles que familiales en dépit de l’énormité des risques de voir débarquer chez moi, une nouvelle fois, des officiers de Police qui semblent avoir comme seule et vraie mission inavouée : m’humilier devant mes enfants  et mes proches. Cette perversité d’infliger une torture psychologique raffinée a été relaté par Stephan Zweig dans « le joueur d’échec ». Je ne veux pas me prêter à ce petit jeu sordide, mais plutôt me soumettre à la sagesse de votre appréciation des faits.

Suivant les conseils de mes avocats, je reste à la disposition de la Justice pour répondre à toute convocation, Honorable Magistrat, comme avant, je ne veux pas fuir, je ne fuirai, car j’ai confiance en la Justice de mon pays.

Respectueusement 
Marie Taissa Mazile Ethéart


RA/HPN