samedi, mars 22, 2014

Le dossier de la mise en accusation de Martelly rebondit au Parlement .

Le président Martelly et le président de la Chambre des députés, Stevenson Jacques Thimoléon
C’est le député Stevenson Jacques Thimoléon, président de la Chambre basse, ex-chef de file de la majorité présidentielle, qui a annoncé, jeudi sur radio Scoop FM, qu’il va  soumettre sous peu à l’appréciation de l’assemblée  la motion de mise en accusation du président Martelly déposée par environ 15 députés au bureau de cette chambre, il y a plusieurs mois. L’élu de Petit-Goâve a fait ces déclarations dans un contexte où l’exécutif se prépare à intégrer de nouvelles têtes dans le gouvernement suivant l’accord final du dialogue d’El Rancho.


Vingt-quatre heures après ces allégations, le dossier refait  pleinement surface. Vendredi matin, la question relative à la mise en accusation du chef de l’Etat était sur les lèvres de tout un chacun au Parlement. « Il y a effectivement un groupe de députés qui a soulevé cette question de mise en accusation du président Michel Martelly », reconnaît le député Louytz Amyot François, membre influent de la majorité présidentielle. « Est-ce que la Constitution donne cette prérogative aux parlementaires ? Oui. Est-ce qu’il y a assez de matière pour le faire ? Nous ne sommes pas encore arrivés là. Comme simple parlementaire, je ne peux  pas dire si l’on va arriver à une solution négative ou positive. Mais ce qui est certain, l’assemblée aura à trancher sur la possibilité de mettre ou non le chef de l’Etat en accusation », a enchaîné le représentant de Port-de-Paix à la 49e législature.

Les députés  du  bloc Parlementaires pour la stabilité et le progrès (PSP) , poursuit Louytz Amyot François, doivent se concerter avec les autres blocs de la Chambre basse pour voir quelle suite donner à ce dossier au cas où la demande de mise en accusation serait soumise à l’appréciation de l’assemblée des députés. « De toute façon, c’est le président de la Chambre qui en a fait l’annonce. Ce n’est pas le bloc majoritaire qui n’a même pas encore statué sur ce dossier. C’est une question qui fait  la une de l’actualité. Tout le monde en parle», nuance-t-il, soulignant que la majorité présidentielle se doit  de s’asseoir pour savoir quel comportement adopter  dans les jours qui viennent. Toujours selon le parlementaire, il doit y avoir des preuves tangibles  avant de répondre positivement à une demande de mise en accusation.
Selon le député Michel Job Jolicaire, un autre membre du groupe majoritaire, ce dossier va permettre au pays de faire un important bond dans le sens de la démocratie.« C’est la première fois dans l’histoire du pays qu’un Sénat ou une Chambre des députés aura pris la chance de mettre un chef d’Etat en accusation. Si cela se fait, c’est que le  pays commence à prendre effectivement le chemin de la démocratie. Et si le président Michel Martelly  l’accepte, c’est qu’il est  un démocrate », a laissé entendre M. Jolicaire  d’un ton ironique. Il souhaite par ailleurs que ses collègues accusateurs aient suffisamment de matière pour prouver « le bien-fondé de la demande de mise en accusation du chef de Etat ».
« Si le président de la Chambre des députés annonce qu’il va faire sortir ce dossier, qu’il le fasse ! Nous avons pour devoir de statuer sur la demande. Je ne suis pas le président de la Chambre. Il revient à lui de faire sortir ce dossier quand il veut. C’est à l’assemblée des députés de trancher sur ce dossier.»
Ce n’est pas le député Francener Denis du groupe Parlementaires pour le renforcement institutionnel (PRI) qui prendra au sérieux les déclarations du président de la Chambre des députés. Il y voit une sorte de « règlement de comptes ». «  Le député Thimoléon a fait  bondir ce dossier dans le but d’influencer le prochain remaniement ministériel. C’est parce que lui et la majorité présidentielle veulent avoir une bonne  part du gâteau. C’est peut-être aussi  parce que certains engagements pris par l’exécutif envers le groupe majoritaire n’auraient pas été respectés », martèle-t-il.
En outre, le représentant de la circonscription de l’Asile à la Chambre basse dit ne pas croire que les députés auront assez de courage pour faire avancer ce dossier. « C’est un dossier qui pourrit longtemps dans les  tiroirs de la Chambre des députés. L’exécutif est toujours  à l’aise  parce qu’il se réconforte grâce à sa majorité… »

Yvince    Hilaire / Le Nouvelliste