mardi, décembre 17, 2013

Pauvre Haïti : Adonis Stevenson, ambassadeur d’Haïti? Et quoi encore…

Bon! Puisque personne ne semble vouloir relever cette nomination scandaleuse, je plonge.
La plupart des chroniqueurs et commentateurs ayant tous peur de se retrouver dans ce débat sur le racisme que le boxeur champion du monde a lancé au lendemain de la parution des articles relatant son passé dans les gangs de rue.

La veille de son combat pour le titre mondial WBC dans sa catégorie, cet étalage d’une jeunesse pour le moins trouble avait été vécu dans le camp Stevenson comme une cabale pour le déstabiliser avant son match. Et au lendemain de sa victoire, le boxeur d’affirmer qu’il songeait même à quitter le Québec. Oh la la, la terrible menace…

Il est entendu qu’aux yeux de la loi, Adonis Stevenson a de fait payé pour ses crimes. Là n’est point la question. Il ne s’agit pas non plus de remettre en question ici sa volonté de rédemption. Bien au contraire, on applaudit. Mais cette renaissance pouvait-elle être complète sans l’affirmation de la vérité? Le boxeur n’aurait-il pas dû devancer les articles de presse en racontant son passé dans un timing et un cadre qu’il aurait contrôlé plutôt que laisser les médias choisir leur moment? Et dans cette conférence boudeuse où il menaçait de quitter le Québec, si peu de démonstration de sincère empathie pour les victimes de ses actes répréhensibles. Rien entendu comme vrais regrets et engagement à contribuer à lutter contre ce mal sur toutes les tribunes qui lui seraient offertes. Rien. “J’ai payé, la justice a parlé. Point. Dont acte.”
Fin du premier chapitre.
Là s’ouvre alors le deuxième volet de cette saga avec l’appel de la Ministre haïtienne des sports suggérant à Adonis Stevenson le retour au bercail où il ne connaîtra pas ce racisme. Belle hypocrisie d’une politicienne qui semble oublier qu’en Haïti aussi le racisme est une réalité qui se compte à la pâleur de la peau, et que sans son titre de champion du monde, le boxeur serait vu comme trop noir par cette élite port-au-princienne à la teinte de peu légère.
Et la surenchère alors avec le président qui confère au boxeur un titre d’ambassadeur de bonne volonté du pays. Et c’est là où je dis stop. Qu’on soit fier de la carrière sportive d’Adonis Stevenson est un fait, qu’on applaudisse à ses victoires va de soi, qu’on encourage les jeunes à l’écouter raconter le sens d’abnégation requis pour devenir un champion convient bien, mais Ambassadeur du pays? Franchement…

Passe encore si ces honneurs avaient été offerts avant la parution des articles de presse et les réponses bidons du boxeur. Mais la présidence haïtienne ne peut même pas plaider la méconnaissance. Elle ne peut pas faire semblant de ne pas savoir. De ce fait, elle a pris position: pour le déni contre la vérité, pour des hauts-cris puérils au racisme au détriment d’un devoir d’assumer son passé. Et cela, les chroniqueurs habituels sur le dossier du boxeur auraient dû le dénoncer sans craindre d’être accusés à leur tour de cabale raciste. Cela des journalistes et commentateurs de couleur auraient dû le condamner non par responsabilité particulière mais par sens de droiture et de refus de brandir l’argument raciste à mauvais escient.

Haïti ne me désespère jamais durant les grandes catastrophes (au contraire, je loue la résilience et l’humanité exceptionnelles de ce peuple qui lui permettent d’affronter les orages), c’est dans les petits détails du réel qu’il me décourage. Les petits riens comme l’auto-organisation ou le choix de l’image de soi qu’il veut projeter dans le monde.

Ainsi entre un écrivain récemment admis à l’Académie et un boxeur jadis proxénète, c’est au second qu’on aura choisi d’accoler le titre d’ambassadeur. Penseurs, universitaires, chanteurs, entrepreneurs, comédiens et autres figures de fierté d’Haïti n’ont pas eu droit à ces égards, mais Adonis Stevenson lui oui. Et cela au nom d’une lecture pervertie du sens des choses.
Cela, ce petit rien là, oui, me fait un peu perdre foi en ce pays et surtout en ses dirigeants.

Article source : http://blogues.journaldemontreal.com/francoisbugingo/monde/adonis-stevenson-ambassadeur-dhaiti-et-quoi-encore/