mardi, décembre 31, 2013

Normil Rameau: Je préfère agir plutôt que de parler

Incarner le profil parfait d’un directeur de renseignement et d’investigation à l’instar de ceux des Etats-Unis d’Amérique, de la France, de l’Allemagne… n’est pas une mince affaire. En vérité, cela demande tout un ensemble de connaissances et de moyens requis pour être parmi ces responsables qui, en dépit des actes terroristes à travers le monde, tiennent le haut du pavé.


Quelqu’un du domaine disait un jour, pour s’élever à la dimension de ces hommes clés, il faut être d’abord discret, taciturne, professionnel, dynamique, appliqué. Tout le reste viendra par surcroît, a ajouté le spécialiste en investigation et en criminologie.

Haïti a besoin des hommes pour freiner le taux de criminalité (assassinat, meurtre, viol, vol à main armée, braquage, enlèvement suivi de séquestration contre rançon, trafic illicite de stupéfiants, crimes économiques et d’autres crimes graves). Or, en l'absence d'une structure s'occupant des enquêtes criminelles, cette tâche ardue est confiée à la Direction centrale de la Police judiciaire (DCPJ). L’histoire retiendra que celle-ci a connu des responsables tels que Neptune Cantave, Pierre Fortin Jean Denis, Margareth Garnier Simon, Mario Andrésol, Schiller Louidor, Jeannot François, Jude Perrin, Michaël Lisius, Jude Altidor, Frantz Thermilus, Godson Orélus (actuel DG de la PNH). Il est vrai que la fonction que la DCPJ remplit doit marcher avec le temps.  En ce sens, la science et la technique sont utilisées pour accomplir des actes terroristes. La DCPJ, structure chargée de sévir contre les bandits, les malfaiteurs, est-elle suffisamment équipée pour remplir sa mission? Cependant, avec de très faibles moyens, on réussit ce qu’on n’aurait pas pu imaginer: la baisse considérable du taux de criminalité par rapport à ce qu’il était.

Pour en  savoir davantage, nous avons rencontré le directeur central de la Police judiciaire, l'inspecteur général Normil Rameau, qui est enfin sorti de son mutisme.  La semaine écoulée, après la conférence de presse autour des enquêtes relatives aux assassinats du pasteur Simon Cernéus, président de l’Union des Églises baptistes d’Haïti et de l’ingénieur Hervé Barreau Déjean, directeur des domaines à la Unibank, il a accepté de faire son bilan de ses treize mois à la tête de la DCPJ.

Homme simple, familier, l'inspecteur général Normil Rameau a intégré la Direction centrale de la Police judiciaire à un moment où la criminalité était en hausse, particulièrement le kidnapping. Le premier cas qu’il a traité est celui de Moscosso (Cliford Brandt était le présumé chef de gang). Avec une équipe dynamique, motivée, la DCPJ découvre des cachettes d’armes, arrive à dénicher des gangs. Les hommes avec qui elle collabore sont dévoués et bien encadrés.

Il a fait le bilan de ses treize mois de dur labeur à la tête de cette Direction qu’il connaît parfaitement bien. Rameau a énuméré cas par cas, présenté un dossier complet sur les différents crimes dont les auteurs ont été arrêtés et déférés par-devant la justice. Il a indiqué que la plupart des personnes recherchées pour trafic illicite de la drogue par la justice américaine ont été appréhendées par la DCPJ et extradées aux Etats-Unis d’Amérique pour les suites légales.

Concernant le dossier de vols de véhicules, la DCPJ continue de mettre la main au collet de nombreux bandits qui transitent par la République dominicaine. «Il y a des voitures volées en République dominicaine qui ont été saisies et remises aux autorités de la république voisine vice versa. Dans ce domaine, d'une part, Haïti et la République dominicaine travaillent en partanariat; d'autre part, des véhicules volés sur le territoire haïtien appartenant aux citoyens du pays ont été également remis à leurs propriétaires. Et les criminels ont été déférés par-devant la justice pour les suites de droit.»

En ce qui a trait aux dossiers faux et usage de faux, escroquerie et association de malfaiteurs, beaucoup de réseaux de faussaires ont été démantelés. Dans les différentes zones, on a découvert de faux documents de toutes sortes. Les faussaires utilisent le plus souvent des chéquiers volés pour soutirer de manière frauduleuse des marchandises dans des maisons de commerce tant dans la zone métropolitaine qu'en province.

Les dossiers de blanchiment des avoirs provenant du trafic illicite de la drogue, des cas de corruption et de détournement de fonds, de détournement de mineurs, ainsi que des cas de viol ont été également traités.

Concernant les personnes victimes de braquage à la suite d'une transaction financière, la DCPJ a pu démanteler plusieurs réseaux de braqueurs. D'autres font l'objet de recherches par les services d'enquête.

Dans le cadre du combat livré par la DCPJ contre les kidnappeurs, il y a lieu de constater qu'aucun cas n'a été enregistré pour ce mois de décembre comparativement à l'année dernière à pareille époque où l’on était bouleversé par le phénomène d'enlèvement. Cependant, on continue de rechercher ceux qui sont en cavale déjà identifiés dans les réseaux démantelés, précise le directeur central Normil Rameau.

La DCPJ est très déterminée dans le cadre de sa mission consistant à rechercher les auteurs, coauteurs et complices des actes criminels aux fins de les déférer par-devant les autorités juridictionnellement compétentes, souligne l'inspecteur général  Rameau. 
«Nous avons pu démanteler les réseaux de kidnapping, identifier les différents lieux de séquestration et mené les opérations d’apposition de scellés conjointement avec la justice sur les maisons servant de lieux de cachette de victimes, conformément à la loi sur le kidnapping.»

Dans cette même veine, le patron de la DCPJ a fait remarquer que le réseau de braqueurs de gens arrivant de l'étranger, qui opérait dans les parages de l'aéroport international Toussaint Louverture, a été également démantelé.

Originaire de Fermathe, une localité de la commune de Kenscoff, Normil Rameau est issu d’une famille nombreuse. Des professionnels de gros calibre (avocat, ingénieurs, agronomes médecins, chimistes, sociologues) en sont sortis.
Petit, il aimait la médecine, l’art militaire, le droit et les sciences politiques. Après ses études secondaires au lycée Alexandre Pétion, Rameau n’a pas eu le temps de passer ses examens à l’Académie militaire pour être un officier comme il l'a toujours rêvé.

En 1995, il a intégré la PNH. Son premier poste fut la Direction départementale de la Grand’Anse, particulièrement Jérémie. Douze mois après, il a été transféré à l’Inspection générale sous le haut commandement d'alors. Entre-temps, il se rendait à Santo Domingo pour ses études en investigation criminelle, ce qui lui a donné un atout linguistique considérable. Voulant poursuivre ses études, il a été, plus tard, admis à l’Académie supérieure des sciences policières du Chili où il a passé trois ans. Il obtint son  doplôme et sa licence après avoir soutenu brillamment sa thèse intitulée «Cuales las eficiencias de los servicios policiales efectuados por carabinero de Chili sobre la base cuatel mobiles». Il a réussi avec la mention «Distinction maximum». Dès lors, il reçut la condécoration de l'état-major des Carabiniers du Chili. Satisfaction la plus totale de l’impétrant.

Sur sa lancée, il s’inscrivit à l’université du Chili où il étudia les sciences politiques et la gestion publique pendant 12 mois et en est sorti avec un diplôme de post graduate en sciences politiques.  L'universitaire Normil Rameau reçut également avec sa promotion de l'Académie des Sciences policières des Carabiniers du Chili la distinction Officier de l'Humanité en 2001.

De retour au pays, il a été promu commissaire de police affecté à la Direction générale, puis à l’Inspection générale au même titre. Transféré plus tard à la Direction centrale de la police judiciaire, le commissaire Rameau était en détachement à l’Unité centrale de renseignements financiers (Ucref) comme directeur des enquêtes pendant cinq ans. Il est devenu responsable du Bureau des affaires criminelles (BAC), celui des affaires économiques et financières à la DCPJ et directeur adjoint de cette structure.

On ajoute à son palmarès dix ans de formation en investigation financière dans plusieurs pays sous l’égide du FBI, du Département d’État des USA, des décorations et plaques Honneur et Mérite. Son travail à la DCPJ, sous l’autorité du commissaire Godson Orélus, directeur central d'alors, lui a valu la confiance de ce dernier. Depuis la collaboration entre directeur et directeur adjoint à la DCPJ, les deux hommes ont développé de très bons rapports de travail au bénéfice de l’institution en particulier et de la société en général, a indiqué un officier de l’institution chargée des enquêtes criminelles.

«J’ai trouvé un directeur général compétent, professionnel, dévoué, grand communicateur et exigeant dans ses instructions. Il est toujours disponible. Autrement dit, un commandant en chef aux commandes de ses troupes», a déclaré l'inspecteur général Normil Rameau, directeur central de la Police judiciaire.

La population est-elle consciente des efforts et de la détermination de la PNH à faire baisser le taux de criminalité, de l’insécurité et de l’aboutissement des enquêtes sur les crimes notoirement commis? La PNH dispose-t-elle des moyens adéquats pour bien remplir sa mission?

Source : Nouvelliste