jeudi, novembre 07, 2013

Video : VIDEO : Une manifestation anti-Martelly violemment dispersée à proximité des ruines du palais national

Ce jeudi 7 novembre 2013, une nouvelle fois à coups de gaz lacrymogènes, la police nationale d’Haïti (Pnh) a empêché l’accès, à l’aire du Champ de Mars (où se trouvent les ruines du palais national), de milliers de manifestants hostiles à l’administration du président Joseph Michel Martelly et du premier ministre Laurent Salvador Lamothe, a observé l’agence en ligne AlterPresse.


Les protestataires se sont heurtés à un dispositif de policiers anti-émeutes qui leur ont interdit de pénétrer l’aire de la plus grande place publique de la capitale, le Champ de Mars, où se trouvent les bureaux de la présidence.

Les milliers de manifestantes et manifestants venaient de parcourir plusieurs kilomètres, de la grande agglomération populaire du Bel Air (au nord-est de Port-au-Prince), en remontant la route de Delmas (dans la municipalité du même nom), en gagnant la municipalité de Pétionville (à l’est de la capitale), pour redescendre sur Port-au-Prince.

Le parcours d’environ quatre heures d’horloge a été émaillé de tentatives d’individus, visant à restreindre le mouvement de protestation.

L’un des objectifs, poursuivis par les organisateurs du mouvement de protestation, était de franchir les rues de Pétionville, considérée comme un bastion de l’élite commerciale et économique, de la haute bourgeoisie, malgré les divers bidonvilles qui la ceinturent.

C’est à Pétionville que se trouve justement la résidence privée de Martelly, contre qui la manifestation était principalement dirigée.

2 personnes, dont l’identité n’a pas été révélée, auraient été blessées, dans la panique qui a suivi le bruit de détonations d’armes aux environs de Delmas 95, au haut de Pétionville.

Cela s’est produit en début d’après-midi de ce mardi 7 novembre, au moment où les manifestants allaient traverser l’une des rues les plus achalandées de Pétionville.

Des jets de pierres fusaient. Petites commerçantes, écolières et écoliers, passantes et passants ainsi que les protestataires ont détalé à toute allure, pour tenter de se mettre à l’abri.

Des policiers nationaux du corps d’intervention et de maintien d’ordre (Cimo) ont alors lancé des gaz lacrymogènes.

Pour prévenir les effets nocifs de cet agent polluant pour l’organisme humain, plusieurs habitants de la zone ont eu recours à des tranches de citrons passés sur leurs visages.

Suite à cette intervention d’agents de la Pnh, les manifestants ne se sont pas découragés. Ils ont repris leur allure, vers la route de Bourdon, pour reprendre la direction du centre-ville de la capitale.

L’objectif final des manifestants consistait à atteindre la place de la Constitution, au Champ de Mars.

Parvenus au Champ de Mars, ils ont été dispersés à coups de gaz lacrymogènes par les agents du Cimo.

« La misère n’est pas sucrée, il faut que Martelly laisse le pays », scandaient les manifestants tout au long du parcours.

Munis de branches d’arbres et de pancartes contenant leurs desiderata, les manifestantes et manifestants avaient, auparavant, emprunté quelques quartiers défavorisés. Là, des marchandes en ont profité pour exprimer leur ras-le-bol par rapport à la vie chère, à la misère et à la situation économique précaire qui touchent dramatiquement leurs foyers.

En dépit de rumeurs faisant état de possibles attaques de proches de l’actuelle administration politique, les manifestants ont poursuivi leur mouvement de protestation avec ardeur.

Massées sur les toits de leurs maisons, des dizaines de personnes observaient la progression des manifestants le long du parcours, du Bel Air (à Port-au-Prince) jusqu’à Petionville, en passant par le quartier populaire de Delmas 2.

En divers endroits, la circulation automobile est devenue impraticable à l’approche de la foule de protestataires, devenue progressivement une marée humaine constante et déterminée, encadrée par des policiers nationaux.

« Nous sommes des filles et fils de Dessalines [Jean-Jacques Dessalines, qui a proclamé l’indépendance d’Haïti le 1er janvier 1804]. Nous nous rendons dans la demeure de Pétion », lançaient les manifestants, pour signifier leur intention de traverser les rues de Pétionville (municipalité du nom d’Alexandre Pétion - un autre héros de l’indépendance -, fondée par Jean-Pierre Boyer) et insinuer combien les gens du peuple pouvaient, eux aussi, aller chez les gens de l’élite, où résident Martelly et les autres, pour leur témoigner les mécontentements de la population sur le mode de gestion du pays.

Slogan, susceptible de prêter à confusion et d’attiser de vielles querelles noirs/mulâtres ou pauvres/riches, qui ont jalonné l’histoire nationale depuis la proclamation de l’indépendance nationale.

Au Bel Air, à proximité de l’église catholique romaine Notre Dame du Perpétuel Secours, la mobilisation a été annoncée par le feu d’un boucan allumé dans une assiette symbolique, suivant les rites propres du vodou.

Un cercle d’environ une centaine de personnes s’était formé autour du boucan pour lancer le mouvement.

Les manifestantes et manifestants déambulaient dans les rues, imprégnés de rythmes de musique « rara » le long du parcours.

Ils ont profité de leur mouvement pour signaler combien les couches de peinture, revêtue (par l’actuelle administration politique) sur les maisons du bidonville de Jalousie (à Pétionville) - pour donner le change aux visiteuses et visiteurs à Pétionville - ne signifiaient point que sa population avait déjà surmonté ses conditions de vie précaires.

Un message clair, adressé aux dirigeants qui ne voudraient pas mettre une sourdine aux revendications exprimées.

D’autres mouvements de protestation sont en perspective pour la fin de l’année 2013, en vue d’aboutir au départ de Michel Martelly de la présidence d’Haïti, pour forfaiture et diverses dérives enregistrées sous son administration depuis son investiture comme président en mai 2011, indiquent les dirigeants de la Force patriotique pour le respect de la constitution (Fopak) une des organisations ayant soutenu le mouvement de protestation du 7 novembre 2013.

Alterpresse