vendredi, novembre 08, 2013

Lettre ouverte à M. Roberson Alphonse de Tonton Bicha

Le Nouvelliste publie dans cette édition une lettre de Daniel Fils-Aimé, alias Tonton Bicha, suite à l’article inséré dans notre édition du lundi 4 et du mardi 5 novembre 2013 et titré « Pour un rhum importé, Bicha avilit le vaudou et Barbancourt ». Dans sa lettre, Bicha précise ses options tout en basant son argumentation sur ce qu’il a réellement dit dans le spot. Comme pour tout processus de communication, il y a aussi ce que tout le monde a compris à l’écoute du spot en question. Ici, nous avons été attentifs au son et au sens de chaque seconde de cette publicité.
L’article du Nouvelliste ne fait pas le procès de la bataille commerciale entre deux marques. C’est de bonne guerre. Il souligne cependant la désacralisation de tout dans ce pays au prétexte d’intérêts commerciaux. Imaginez une publicité qui dit que l’hostie des églises catholiques n’est bonne que si elle est faite de telle marque de farine, que la sainte cène vous rapproche de Dieu que si le vin est de telle provenance. La pub de Bicha touche au vaudou, une religion, et cela nous a interpellé. Il y a aussi en filigrane dans l’article, la question de la production nationale. Le P.D.G. de Bakara, Johnny Baboun, a bien précisé que bientôt il aura une usine en Haïti et nous nous en réjouissons. Dans l’article du Nouvelliste, nous ne nous en cachons pas, il y a aussi un parti pris pour un produit, le Rhum Barbancourt, qui est une fierté nationale. Une source d’inspiration pour le meilleur et le pur, pour parler comme Bicha.
J’étais en tournée au Canada quand un ami m’a fait parvenir un courriel par lequel il m’invitait à lire un article paru dans le plus ancien quotidien, Le Nouvelliste, qui parlait de moi. Le titre même de l’article me portait à croire qu’il s’agissait d’une démarche intéressée : “Pour un rhum importé, Bicha avilit le vaudou et Barbancourt”. Je nie catégoriquement les faits qui me sont reprochés. D’ailleurs, si vous vouliez faire allusion à mon dernier pub Bakara, je n’ai jamais cité  “Barbancourt”. L’art est très difficile à comprendre surtout lorsqu’on n’est pas prêt. En plus, force est de constater que nous sommes en présence d’un faux débat. Dans votre article, vous avez induit en erreur vos différents intervenants.

A partir de ce constat, je suis en droit de me poser certaines questions: Un “directeur d’opinion” de la trempe de Roberson Alphonse n’est-il plus en mesure d’apprécier et de juger une oeuvre artistique en toute objectivité? Le personnage Tonton Bicha  n’a-t-il pas le droit de représenter un rhum dénommé “Bakara”? N’ai-je pas le droit de faire de la publicité pour une entreprise qui apprécie à leurs justes valeurs mes talents? En agissant de la sorte, ai-je commis une infraction prévue et punie par la législation pénale haïtienne ? Tout d’abord, je dois vous avouer que j’ai accepté de monnayer mes talents en les mettant à la disposition dudit rhum parce que j’estime qu’il est de bonne qualité.

Et surtout à cause de sa présence constante à travers les différentes activités à caractère culturel telles que  les fêtes patronales, le rara, le carnaval, nos différents festivals, le sport, etc  A la lumière de ces considérations, ne pourrions-nous pas dire que c’est le vrai rhum culturel haïtien ? En dépit de son jeune âge, il a pu s’attirer la sympathie d’un grand nombre de consommateurs. Mon ami Alphonse, dans votre article, les personnes interviewées ont émis des commentaires à partir de données fausses. Puisqu’à aucun moment de la durée je n’ai eu à citer  “Barbancourt” ni à entreprendre une campagne de dénigrement contre ce produit.

Lors même que je le citerais, ce ne serait pas un péché mortel. Nous en voulons pour preuve la concurrence entre Pepsi et Coca. Par contre, je ne le ferais sous aucun prétexte dans un pays où la culture de la tolérance fait défaut. Point n’est besoin de vous rappeler que lorsque les données sont fausses, les résultats seront toujours faux. Certains de vos intervenants qui s’érigent en défenseurs de la production nationale n’ont même pas le courage d’utiliser une pipe locale, disons mieux  “made in Haiti”.

Quelle hypocrisie! Comment ces intellectuels peuvent-ils se laisser prendre à ce piège? Si je ne m’abuse, je crois que les autorités crient à longueur de journée “Haiti is open for business”.  Ce comportement n’est-il pas de nature à décourager les potentiels investisseurs haïtiens ou étrangers? Mon frère Roberson, quelle est l’économie d’une telle démarche? Il ne peut pas y avoir de développement sans compétition. Permettez-moi de vous rappeler que je suis un publicitaire ayant été honoré plus d’une dizaine de fois. Donc, je maîtrise très bien mon métier, et mes millions de fans peuvent en témoigner. Si un quelconque compétiteur se sent menacé par la  montée en flèche de Bakara, qu’il améliore la qualité de son produit et ensuite trouve un bon publicitaire. Mon cher Roberson Alphonse,  vous vous êtes trompé grandement sur ma personne, et je vous pardonne, mon frère.

Un dernier rappel : l’article 313 du code pénal haïtien stipule: “Sera coupable du délit de diffamation, celui qui, soit dans les lieux ou réunions publics, soit dans un acte authentique et public, soit dans un écrit imprimé ou non qui aura été affiché, vendu, ou distribué, aura imputé à un individu quelconque des faits qui portent  atteinte à son honneur et à sa considération”.

Ne vous en faites pas, je ne vais pas vous demander de me présenter des excuses publiques. Mais, le plus fort, ce n’est pas celui qui se cache derrière des actes de bravade, mais celui qui reconnaît avoir causé du tort à autrui. On n’est homme que dans la mesure où l’on parvient à vibrer au rythme de cette dimension.

Daniel Fils-Aimé

“TontonBicha”
Le Nouvelliste