samedi, novembre 09, 2013

Haiti - Affaire Tonton Bicha : au tribunal Matin Caraibes Audio !

"BAKARA VS BARBANCOURT. BICHA L'AGNEAU IMMOLE." 
Je comprends tout l'emballement autour de cette histoire. Le mobile de cette agitation n'est autre que la fraicheur du conflit dominicano-haitien.
Inconsciemment beaucoup d'entre nous prennent position pour Barbancourt en le substituant a Haiti qu'il faut a tout prix proteger du bourreau Dominicain (Bakara). Je suis pro-chauvinisme et je suis pour toute action etatique pouvant faire comprendre aux Dominicains ou a tout autre peuple que nous sommes une nation debout, digne et fiere. Mais attention a ne pas laisser autrui nous manipuler en se cachant derriere un pseudo-patriotisme.



Detrompons-nous. Bicha n'est pas l'importateur du rhum Bakara. Il n'est que l'image publicitaire de la marque. Une frange de notre elite economique a choisi d'importer ce rhum et de nous le revendre. Comme tant d'autres produits d'ailleurs. A en juger par leurs actions, les importateurs de Bakara autant que les proprietaires de Barbancourt n'ont aucun sens du patriotisme. Ils font tous parti de ce meme groupe d'invidus qui preferent passer leurs fins de semaines a Miami ou de l'autre cote de la frontiere alors qu'ils auraient les moyens d'investir et de creer des attractions dignes de ce nom sur le territoire national. Depecher un avion-ambulance depuis les Etats-Unis leur semble plus "classe" que de faire un don a un hopital national, public ou prive, afin de standardiser ses services. Leurs enfants etudient dans toutes les universites de l'exterieur, meme celles de la Rep. Dominicaine. Quant a nos universites, elles sont trop piteuses. Ils ne sauraient se rabaisser a un tel niveau. Voyons... Pourraient-ils les financer et les aider a s'ameliorer? Bien sur. Mais pourquoi le faire quand c'est si facile d'envoyer son enfant etudier a l'etranger?

A toute entreprise privee evoluant dans un quelconque pays, il incombe ce que l'on appelle les responsabilites sociales coorperatives. J'ai 30 ans. J'ai toujours vecu dans le pays. Je n'ai jamais vu l'une de nos entreprises, y compris Barbancourt, assumer aucune de ces dites responsabilites. Combien d'universités ont été sinon créées du moins financées? Sélection nationale? Salle de spectacle? Ecoles d'art? Avenue? etc." Attention il ne s'agit pas de sponsoriser un goupe musical a l'occasion du carnaval ou de patronner quelconque soiree mondaine. Il s'agit plutot d'investir dans le developpement DURABLE du pays duquel l'on se reclame. Qu'a fait le rhum Barbancourt pour que l'Haitien moyen s'identifie a lui? Rien. Et j'insiste, en posant un des actes sus-cites, Barbancourt, l'une des entreprises au coeur de ce debat, n'aurait pas fait de faveur au pays, mais elle aurait plutot assumer ses RESPONSABILITES SOCIALES.

D'un autre cote, on parle d'avilissement du vaudou. Primo, il s'agit d'un abus de langage. Le terme avilissement est carrement impropre au contexte. Ce n'est pas la premiere fois qu'une oeuvre artistique touche a UNE religion ou a la notion de LA religion en elle-meme. Gardons-nous donc de tout fanatisme. Deuxio, permettez-moi cette question: depuis quand le vaudou etait-il si sacre a nos yeux? C'est un exercice national que de denigrer le vaudou. Nous en faisons carrement un sport. En public nous crachons sans hesitation aucune sur tout ce qui touche de pres ou de loin a cette religion. Ce que nous faisons en prive c'est autre chose. Devrions-nous nous comporter de la sorte? C'est un autre debat.
Je comprends la position de Max Beauvoir. Lui au moins a toujours assume sa fonction de grand ati national et peut se sentir offense par l'atteinte faite a son ministere. Mais quant a nous autres, je vous en prie... treve d'hypocrisie.

De ce conflit, mon ami, le Dr Valery Moise dont je respecte profedement le sens critique, a dit ces mots. Je partage: "je m'abstiens en général des débats relatifs aux éventuelles responsabilités de la bourgeoisie haitienne dans le mal du pays. Préférant me concentrer sur les solutions, j'évite souvent de tourner le fer de la plaie encore béante de nos frictions sociales. Mais là je suis outré par la prétention de la bourgeoisie d'utiliser masse et classe moyenne dans leur conflit d'intéret personnel qu'ils osent présenter comme national. Qui, en complicité avec l'état corrompu et irresponsable, nous a rendu si dépendant par rapport à la république dominicaine? Qui a détruit la cimenterie nationale? Combien se sont soulevés contre le fait qu'un hélicoptère ait semé une poudre qui ait engendré la destruction d'une large part de cocotiers et de bananeraies à l'arcahaie? Parlons national!"

En resume, il ne s'agit que d'un conflit entre deux groupes d'investisseurs. D'ailleurs, pour eux (proprietaires de Barbancourt ou importateurs de Bakara) le choix est clair. Tout ce qui vient de l'etranger est meilleur. Ils nous le prouvent depuis des siecles. A present, comme on nous l'a souvent fait - depuis la guerre de l'independance ou au temps des elections- on nous met devant pour defendre ses interets particuliers en agitant le voile du patriotisme. Mais reveillez-vous mes freres. Ne vous laissez plus berner. Comme l'a dit l'autre: "choisissons nos propres luttes. Ce, en toute lucidite". A bon entendeur...

~Dr. Paul Evens Gregoire CHARLES .